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Pour le développement du management public territorial et autres réflexions...

Ré-humanisons le management : le management face aux critiques

31 Mars 2014 , Rédigé par Jean-Pierre MARC Publié dans #Actualités du management

Dans le cadre d'un parcours de formation j'ai eu à réaliser un rapport sur un sujet de mon choix en lien avec mes expériences et la situation actuelle des collectivités.
J'ai choisi d'approfondir la question du management et notamment de faire le point sur les critiques de plus en plus nombreuses auxquelles il devait faire face. Force est de constater qu'il est urgent de replacer l'humain au centre de la gestion des femmes et des hommes au risque de créer une société et des organisations invivables.
Dans la série d'extraits, sous forme d'articles, qui va suivre je reprends des parties de ce travail qui, par manque de temps, n'a pas pu être développé comme il aurait été souhaitable. Cependant il me semble que les éléments qui suivent peuvent s'avérer utiles et à tout le moins engager un débat salutaire sur le management d'aujourd'hui et sur les objectifs qu'il doit poursuivre.


Premier extrait : la notion de travailleur invisible


Après une période faste, où le management semblait être couramment admis comme un progrès, certes pour les résultats de l'entreprise ou de l'organisation mais aussi pour la gestion des hommes puisque la recherche de la motivation est au centre du management ; nous sommes désormais entrés dans une période de critiques parfois radicales des effets du management sur le bien être des personnes managées mais aussi sur l'efficacité de ce mode de gestion des hommes pour les résultats de l'organisation considérée.
Les critiques générales sur le management ...
Les critiques sont certes nombreuses néanmoins j'en ai retenu deux celle dite du travailleur invisible centrée sur les effets de certaines modalités de management sur les hommes et celle de la prise de décision centrée sur les questions d'efficacité.

Le travailleur invisible
J'ai découvert le concept de travail invisible récemment lors d'une interview de P-Y Gomez qui à la question qu'est ce que le travail invisible répondait :
"Plus la société est grande, plus les dirigeants sont focalisés sur ces instruments de gestion abstraits (reportings, tableaux de bord et outils de calcul de rentabilité en tout genre), souvent par écrans interposés. Résultat : ils perdent de vue les salariés, qui sont réduits à de simples indicateurs chiffrés parmi les autres et deviennent totalement invisibles. (...)"
Tout de suite cela a évoqué mon expérience de formateur en management au cours de laquelle j'étais confronté à des stagiaires futurs cadres territoriaux obsédés par les outils de management alors que j'essayais de leur faire passer le message que ce qui comptait avant tout c'était le sens du travail.
Cela a évoqué aussi ma collectivité actuelle où cette exigence est particulièrement forte et où surtout il peut y avoir une tendance à penser que l'absence de ces outils est la source des dysfonctionnements.
Surtout cet article a mis en évidence un élément plus important à savoir une certaine forme de concurrence entre l'intérêt pour ces outils et l'intérêt pour la ressource humaine. Certes le de travailleur invisible peut apparaître fort voire exagéré pourtant en interrogeant les agents des grosses structures privées mais aussi publiques c'est bien le sentiment qui ressort avec des mots souvent différents comme non prise en compte des attentes voire jusque mépris parfois.
Toujours dans cette interview il est intéressant de noter la part de responsabilité des écoles de management dans les dérives constatées :
(...) "Ce sont, elles, qui ont formé des élites championnes du Powerpoint et de l'Excel, mais trop loin de la base et du travail réel. Elles commencent à en prendre conscience. HEC a créé, par exemple, une spécialisation de fin d'étude "Alternative Management", qui incite les étudiants à réfléchir sur les enjeux sociétaux et environnementaux."
Dans le même ordre d'idées un article2 intitulé " comment sauver le manager de proximité et endiguer le désenchantement des équipes ? " on trouve ce passage : " Alors qu'ils ont une chance de retrouver leur proximité avec les équipes, la plupart des managers coupent les ponts, victimes de leurs champs normatifs datant d'un autre temps. Poursuivre leur quête de boîte à outils ( ou devrais-dire martingale ou arme fatale) les emmène dans une spirale infernale. »

On le voit bien ici aussi non seulement la critique du management actuel est présente mais en plus ses effets se font sentir non seulement pour les managés mais aussi pour les managers eux mêmes.

Pour aller plus avant dans ce sens mais aussi dans la critique de ce management aux effets négatifs on citera la fiche de lecture l'ouvrage de Jean-Philippe Bouilloud au nom évocateur suivant : "Entre le marteau et l'enclume les cadres pris au piège":


"Animal piégé, dont les mouvements contribuent à resserrer le lacet... », tel serait, selon Jean-Philippe Bouilloud, le cadre des grandes organisations d’aujourd’hui, dans lesquelles le mal-être au travail gagne tous les niveaux de la pyramide. Après en avoir été protégés, les cadres subissent désormais le lot commun des sala- riés soumis aux méthodes de management pathogènes qui se répandent dans les entre- prises et, dans une moindre mesure, les organisations publiques.
Quatre aspects de ce management concernent tout particulièrement les cadres :
- la course à la compétitivité ou à la maîtrise de la dépense se traduit par une mise sous tension des organisations ; les cadres y sont en première ligne, appelés à manier des systèmes d’évaluation quantifiée, au service d’objectifs de plus en plus inatteignables ;
- les injonctions contradictoires prolifèrent à leur adresse : faire plus avec moins ; être autonome mais obéir scrupuleusement aux ordres d’en haut ; développer la qualité et faire du chiffre... la liste est longue de ces exigences antagonistes, qui ont en commun de mettre à coup sûr en échec ceux qui les reçoivent, certains d’être toujours, d’un côté ou de l’autre, fautifs ;
- le culte du changement produit une sorte « d’agitation transformatrice » qui engendre dans bien des cas insécurité, désorganisation et perte de savoir-faire : à peine une manière de faire est-elle établie qu’elle est déclarée obsolète, dans une fuite en avant vers de supposées améliorations censées mettre l’organisation à l’abri des périls qui la menacent ;
- il en résulte, au final, une redoutable complexité, dont le fonctionnement « en mode projet » est, selon l’auteur, en bonne partie responsable : il est en tout cas pour beau-
coup dans la surcharge qui nourrit le malaise des cadres, et dans le pire des cas, les conduits jusqu’au burn-out."

Une étape supplémentaire est franchie ici avec la mise en péril de la santé même des salariés y compris des cadres. Tout cela ne peut que faire penser aux difficultés rencontrées par France Telecom sur lesquelles il n'est pas nécessaire de revenir.


A suivre... Le manager et les mauvaises décisions

 

Nota : cet article fait partie d'une série dont vous trouverez ici le plan

 

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contract management 10/06/2014 17:44

Toujours aussi pertinent dans vos articles ! quel est votre point de vue sur le contract management ?